Les similitudes du nord de l’Alberta et du Québec
mars 19, 2013 dans Développement viable, Économie, Non classé, Politique canadienne, Politique québécoise
Je suis le premier à condamner l’exploitation pétrolifère au nord de l’Alberta. Les publicités répétitives sur les bienfaits économiques et la nature « éthique » de cette exploitation n’ont aucun effet sur mon jugement. Aussi, je remarque beaucoup de similarités entre cette exploitation et celle du développement minier du nord du Québec. Parmi ces similarités, l’aveuglement lié à l’idée de croissance placé au-dessus de tout impératif environnemental et humain et la déchéance de la société industrielle sans aucun doute.
Le projet en marche de « développer » le nord du Québec est imprégné d’une vision désormais passéiste du développement et de la croissance au support du bien-être des communautés. Quelques chiffres désolants: le gouvernement promet de protéger 20 % du territoire et un autre 30 % serait protégé du développement industriel. Cela veut dire que 50 % sera, à terme, exploité? Le sera-t-il pour le bien des communautés? Le sera-t-il dans le respect de la résilience des écosystèmes? Je ne crois pas. Si j’essaie d’être bon joueur, je me dis que le précédent gouvernement, dirigé par un homme qui était pourtant aux premières loges de la rencontre initiale de Rio en 1992, qui a, selon ses dires, mis en place une loi-cadre sur le développement durable au Canada et qui a défendu bec et ongles la position de « leadership » du Québec en matière de lutte au changement climatique, ne pouvait laisser ce territoire nordique face à un éventuel saccage. Mais d’un autre côté, j’entends des aberrations. Comment ouvrir la porte, par exemple, à une double application de la nouvelle loi sur les mines? En effet, permettre aux communautés du Sud le pouvoir d’autoriser ou non l’exploitation minière ou gazière, mais pas au nord du territoire. Parce qu’il y aurait un standard pour les autochtones et un autre pour les Blancs? On répéterait alors la loi de l’Apartheid? Il faut offrir les conditions des pays en voie de développement au Nord et être plus « responsables » au Sud? Madame Ouellet, la ministre des Ressources naturelles du Québec, bien que n’ayant pas proprement utilisé ce propos, a tout de même fait l’usage de cette logique lors d’une entrevue récente dans un média national. Il semble en effet que la densité de la population dans les régions du sud du St-Laurent puisse représenter un facteur important dans la possibilité ou non d’exploiter le gaz ou le pétrole de schiste. Qu’en cela, elle voit fort possible l’exploitation du pétrole de schiste sur l’île d’Anticosti, car l’impact sur la population en serait quasi nul! Les mots me manquent ici… Cela me rappelle ce qui se passe en Alberta dans le cadre de l’exploitation des sables bitumineux! Le nord de l’Alberta est un désert boréal, seules quelques populations autochtones y demeurent, donc peu de nuisance. La logique est mortelle. Là où il y a peu d’humains, les écosystèmes sont inutiles. En plus, la logique voulant que nous évitions d’émettre du carbone est totalement évacuée. Il n’y a plus de changement climatique? (sic). Voir ce reportage consacré à l’exploitation pétrolière albertaine récemment diffusé sur France 2 : Le pétrole du Canada.
Je crois que nos gouvernements sont en panique du manque de croissance. En effet, permettre l’exploitation minière sur 50 % du territoire du nord du Québec n’est pas un acte de développement; d’autant que la gouvernance de cette activité mettra bien loin derrière la responsabilité des Sociétés minières pour la remise en état. Il y aura des dommages importants, il ne faut pas en douter. Avec ce projet, le Québec se comporte comme l’Alberta : il met en place les conditions favorables aux grandes sociétés multinationales, passées maîtres dans la dilution des bénéfices et des responsabilités sociétales en matière d’environnement.1 Le gouvernement du Québec ne veut pas imposer des quotas de transformation de produit sur son territoire. Il ne faut pas nuire à la « libre souveraineté » de décision de transformation de ces « états » corporatifs. Il faut ici faire le parallèle avec le projet de pipeline Keystone XL qui permettrait à l’industrie pétrolière étasunienne de raffiner le pétrole albertain au Texas. En Alberta, tout est établi pour favoriser l’épanouissement du comportement non responsable de l’exploitation des matières premières. La croissance, vite, au détriment des peuples autochtones, des populations locales et de l’écosystème boréal, Monsieur Charest s’en est inspiré, mal avisé qu’il fut!
Que fait le gouvernement du Parti Québécois élu depuis septembre dernier? Sait-il apporter de l’humanisme et de l’intelligence à ce projet qui, pour l’instant, est bien mal amorcé? Je suis perplexe. Le récent débat autour des redevances est fort pertinent, mais il se trouve en aval de la préoccupation primaire. Quelle croissance voulons-nous? Celle mesurée par l’agonisant PIB? Ce PIB que les banquiers et financiers et journalistes économiques ne cessent de nous exposer comme le Graal à atteindre chaque trimestre? La réponse à notre endettement? Loin de là.
Toujours, j’observe l’absence de vision panoramique quant aux défis environnementaux que nous devons affronter. L’urgence d’une réponse humaine face au dérèglement climatique et les crises qu’il générera (aliments, eau, météo extrême et perte de biodiversité) n’a que faire des impératifs liés à l’économie actuelle (désuète) et de la logique financière devenue complètement folle. Les États doivent s’élever au-dessus de cette réalité et proposer une vision totalement nouvelle qui tiendra compte de tout cela et faire usage de la démocratie afin de redéployer une pleine souveraineté qui est fortement diluée au fil des ententes de libre-échange. Il faut une transition claire vers un autre mode de vie.
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